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Souvenir de Lisbonne

  • 1er avril 2017

En plus il a fait moche.

En plus de quoi ?

Lisbonne, le Tage, 23 mars 2017.
Le Tage à Lisbonne, mars 2017. Photo Ph. Le Pape.

Depuis le temps qu’il se dit que les formats Marc ont déjà un pied dans la tombe et que si une bonne âme se dévouait pour crocheter l’autre ce serait un service à rendre à l’humanité, sans qu’apparaisse jamais dans les pages nécrologiques d’aucune gazette au monde aucun faire-part, sur aucun membre de la famille, l’annonce en 2011 par la Bibliothèque du Congrès du lancement d’une étude (qui allait se concrétiser dans le projet Bibframe) et, par la même occasion, celle de l’abandon du format Marc21 dans un délai de 10 ans, avait arraché au peuple un soupir d’aise collectif (et provoqué un excès temporaire de gaz carbonique dans la stratosphère).

Cette annonce ayant été faite en juin 2011, il resterait environ 4 ans à attendre.

Il ne s’agit que de la Bibliothèque du Congrès et du format Marc21, mais enfin ce n’était pas une bonne nouvelle pour la famille Marc.

Nous voici au printemps 2017 : non seulement les formats Marc ne donnent aucun signe de faiblesse, mais ils continuent à se développer. Paradoxalement la publication et le succès grandissant de RDA leur procurent une vitalité nouvelle.

RDA et Marc21

RDA, attendu comme un standard en rupture avec ceux d’avant (d’avant le modèle FRBR, s’entend), en est en réalité très proche. Il n’est aucune notion du RDA actuel qui ne puisse être prise en change par un format Marc. Les choses changeront peut-être lorsque la révision majeure qui a lieu cette année sera achevée. Il s’agit en effet d’intégrer dans RDA les principes du modèle LRM, successeur de FRBR, FRAD et FRSAD, en lieu et place des principes issus de ces derniers.

Quoi qu’il en soit les bibliothèques utilisent encore massivement les formats Marc, qu’il faut donc mettre à jour pour les adapter à RDA. Marc21 a connu depuis 2010 — et connaît encore — de nombreuses évolutions : création de nouvelles zones, de listes contrôlées de termes et/ou de codes etc.

Unimarc et FRBR

Les utilisateurs de l’Unimarc, généralement tournés vers les standards publiés par l’IFLA (ISBD et règles associées) plutôt que vers ceux issus du monde anglo-saxon, ne se sont guère souciés de ces agitations. Sauf le CfU (Comité français de l’Unimarc, désormais rattaché au programme national Transition bibliographique).

Dès 2010 le CfU a élaboré un nombre considérable de propositions de création de nouvelles zones destinées à « traduire » le modèle FRBR en Unimarc, en donnant au format des notices bibliographiques et surtout à celui des autorités les moyens de rendre compte des entités Œuvre et Expression et de toutes les relations associées, y compris celles avec les autres entités du modèle. Ces propositions, acceptées par le PUC (Permanent Unimarc Committee, l’instance internationale qui administre l’Unimarc), font désormais partie du format.

Le CfU a eu plus de difficulté à faire accepter la création de nouvelles zones (181 et 182) pour les notions de Type de contenu et Type de médiation, pourtant présentes dans l’ISBD consolidé autant que dans RDA, et davantage encore pour le Type de support (183), complément des deux premiers mais présent seulement dans RDA.

RDA et Unimarc

Cette année il s’agissait de faire valider la création de deux nouvelles zones, à l’occasion de la publication des règles de RDA-FR portant d’une part sur les éléments qui, ensemble, se substituent à la zone de l’adresse de l’ISBD (Mention de production, Mention de publication, Mention de distribution, Mention de fabrication et Date de copyright), et d’autre part sur les Caractéristiques du fichier numérique.

Ces éléments ne trouvent pas leur place dans les zones existantes (210 pour la zone de l’adresse, 230 pour la zone 3 spécifique aux ressources électroniques, d’ailleurs rendue obsolète dans l’ISBD consolidé). Le CfU a donc proposé une zone 214 pour les éléments de l’ex-zone de l’adresse, 231 pour ce qui concerne les fichiers numériques. L’une et l’autre étaient largement calquées sur les zones correspondantes créées en Marc21 pour les mêmes besoins (la 214 sur la 264 Marc21, la 231 sur la 347 Marc21)

La réunion annuelle du PUC qui devait décider de leur sort s’est tenue la semaine dernière à Lisbonne, à la jolie Biblioteca nacional de Portugal, rose et modeste, malheureusement survolée en rase-mottes par les avions qui vont atterrir sur les pistes toutes proches de l’aéroport. Bonne cantine (bien meilleure que celle de la BNF).

La zone 231 a été validée, moyennant quelques retouches.

Le projet de zone 214 en revanche, qui pourtant avait été transmis aux membres du PUC en juin 2016 accompagné d’un appel à commentaires (qui ne sont jamais venus), a fait d’emblée l’objet d’un tir de barrage de la part des représentants italien et portugais, soutenus par la Slovénie. Tous préconisaient l’aménagement de la zone 210. Représentant le CfU, j’ai eu beau leur remontrer que c’était impossible, que j’avais commencé par envisager moi-même cette possibilité avant de reconnaître qu’elle ne fonctionnait pas et que force était, comme cela avait été fait en Marc21, de recourir à une nouvelle zone, rien n’y a fait. Le débat s’est conclu sur un vote. Nous n’étions que 6 pays ou organismes représentés (manquaient la Chine, la Lituanie et le CIEPS). Résultat : 3 pour (France, OCLC, Russie), 3 contre (Italie, Portugal, Slovénie). La décision a été prise de rédiger un projet d’aménagement de la 210 et de statuer sur cette 210 remaniée à la prochaine réunion. Dans un an.

Or nous avons déjà défini la zone 214 dans le Sudoc (sous l’étiquette provisoire de 219). Elle entre en application le 18 avril.

Comment faire à l’avenir ?

Je ne sais pas.

Soit on attend, avant de pratiquer dans le Sudoc toute évolution de format nécessitée par l’application de RDA-FR — mais l’attente peut être longue et la décision finale est imprévisible. Le PUC examinait encore cette année des propositions datées de 2008 et de 2010 : l’une a été définitivement validée, l’autre définitivement rejetée.

Soit on fait ce qu’il y a à faire dans le format de catalogage, quitte à ce que celui-ci s’éloigne du format de diffusion.

Autre option : les évolutions indispensables, lorsqu’elles sont refusées par le PUC ou que la décision prend trop de temps, sont validées au niveau national pour l’échange entre institutions françaises.

À voir.

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Salvador Sobral. Nem eu / Dorival Caymmi, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; Júlio Resende, piano.
Vidéo : prod. Edições Valentim de Carvalho S.A., 2016.