Archives de Catégorie: Modèles

Vive le GM ! … Vive le GM libre !

Sans que cela soit directement lié à RDA, FRBR, FRAD et compagnie, il faut savoir que le Guide méthodologique du Sudoc (le GM pour la famille et les proches) est désormais en accès libre. Sans authentification, c’est à dire.

Cela depuis la discrète mise sur les ondes du web du nouveau site de l’Abes.

Le Guide Méthodologique, est-il besoin de le préciser, est l’outil normatif pour la production dans le Sudoc. Notamment, il précise les usages des normes françaises de catalogage et du format UNIMARC qui y sont pratiqués.

Saint Méthode (timbre-poste). Poste Vaticane. 1963 Saint Méthode (timbre-poste). Poste Vaticane. 1963.

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This is London calling

Tiens, c’est pour toi.

British Library Data Model
British Library data model. 2011. (Cliquer pour agrandir [pdf – 122 Ko].)

C’est assez vilain c’est vrai, mais d’une laideur intéressante. C’est le fait de notre voisine la perfidious Albion, dont la bibliothèque nationale « est en train de développer une version de la British National Bibliography, qu’elle met à disposition dans le web de données […]. » (Voir British Library Free Data Services.)

Ça te fait une belle jambe ? Tant mieux pour toi, alors lis la suite, ça t’en fera deux.

Le schéma représente le modèle de données utilisé. Données qui décrivent pour l’instant des ouvrages imprimés publiés depuis 1950, et sont donc obtenues à partir de notices MARC — forcément antéFRBRiennes.

Et d’ailleurs nulle tentative de FRBRisation dans cette entreprise. On peut donc comme tu vois mettre des données bibliographiques structurées dans le web de données sans les FRBRiser. C’est moins bien (pas de regroupement par titres d’œuvre) mais ça se fait.

Deuxièmement, les données sont exprimées dans une syntaxe RDF (Resource Description Framework), qui comme on sait est fondée sur l’usage de triplets sujet-prédicat-objet, du type :

<PPN 103587586> [sujet]
<a pour réalisateur> [prédicat]
<Ruiz, Raúl (1941-2011)> [objet]

où les deux premiers éléments au moins doivent être exprimés chacun par une URI (Uniform Resource Identifier).

La propriété <a pour réalisateur>, il faudrait donc la déclarer et la définir quelque part sur le web, en lui assignant une URI. Ou voir si elle n’est pas déjà dans ce cas, par exemple au sein d’un registre de métadonnées spécialisées appliquées au cinéma, ou d’un système généraliste dans le genre du Dublin Core ou de RDA, voire dans tout ça à la fois.

Oui, car la grande souplesse de ce mécanisme, chaque triplet étant autonome, entraîne qu’on peut si nécessaire faire appel à plusieurs référentiels de métadonnées, plusieurs ontologies, cela pour décrire une même ressource.

Ça te choque ces mélanges ? Pour préparer tes coquilles saint-jacques, il te faut bien pourtant, outre les coquilles : de la coriandre fraîche, de l’ail, du vinaigre balsamique, de l’huile d’olive, du poivre et du sel non ? Il serait étonnant que ton poissonnier soit à même de te fournir tout ça. Et encore c’est une entrée des plus simples. Imagine pour le kig ha farz.

Quoi qu’il en soit ce recours au mélange est à l’œuvre dans le modèle de la British Library. Par exemple les notes bibliographiques et la mention d’édition  font appel à l’ISBD, d’autres éléments au Dublin Core ou autre.

Et d’ailleurs pour le Sudoc c’est pareil ! Mais je ne crois pas qu’il y ait un dessin.

Et lorsque ce sera FRBRisé, alors là… ! Ah mais qu’est-ce que t’as ! Mince alors je ne pensais pas te faire pleurer avec ça… arrête, c’est pas si grave allons, c’est que des métadonnées ! Ah c’est les oignons. T’aurais dû prendre ceux de Roscoff non ? Ou les doux des Cévennes (mais au fait, t’en as pas besoin pour les coquilles…)

Stop your sobbing / Pretenders, groupe vocal et instrumental ; Ray Davies, paroles et musique. Grande-Bretagne : Thames Television, 1980. (The Kenny Everett Video Show).

Un mot pour un autre. 1, « Modèle »

MADAME
Cher comte (désignant son haut-de-forme) posez donc votre candidature !… Là… (poussant vers lui un fauteuil) et prenez donc ce galopin. Vous devez être caribou ?

LE COMTE, s’asseyant
Oui, vraiment caribou ! Le saupiquet s’est prolongé fort dur. On a frétillé, rançonné, re-rançonné, re-frétillé, câliné des boulettes à pleins flocons : je me demande où nous cuivrera tout ce potage !
Jean Tardieu (1903-1995). Un mot pour un autre (1951).

On ne le sait pas encore, où il va nous cuivrer ce potage, ni comment.

Ce que l’on sait, c’est qu’il vaut mieux lever les approximations, et ne pas employer un mot pour un autre — format, norme, modèle, code etc. —, sous peine d’être vraiment caribou.

« L’Unimarc va être remplacé par les FRBR », c’est juste ça, ça peut se dire ? 

Non ça ne peut pas se dire ; c’est grave de dire ça, très grave.

Les FRBR sont un modèle conceptuel, tandis que l’Unimarc est un format d’encodage de données. Des données « FRBRisées » peuvent être encodées en Unimarc — ou non. Ça n’a rien à voir.

C’est quoi alors, un modèle conceptuel ?

Voici un menu :

Foie gras mi-cuit & pain d’épices
Loup au gros sel, pommes de terre au four
Fromage du jour de chez Betty
Mille-feuilles

Encore un :

Salade de tomates
Steak frites
Danette vanille

L’un et l’autre sont conformes à un modèle, qui est celui du repas traditionnel français : entrée, plat principal (viande ou poisson, accompagnement de légumes, riz, pâtes ou autre), fromage, dessert. Le plat principal est en général présent, le reste pas toujours. Les différentes entrées se succèdent dans l’ordre indiqué.

Le modèle du repas italien est différent : antipasto, primo piatto, secondo piatto, contorno, dolce. Tout est facultatif, l’antipasto et le dolce étant souvent absents du repas. Dans les primi piatti on trouve les pâtes, les risottos, les soupes. Le secondo piatto, de viande ou de poisson, est en général servi à part de l’accompagnement (contorno). L’ordre habituel est le suivant : antipasto, [primo piatto et/ou secondo piatto et/ou contorno], dolce.

Les livres de cuisine français et italiens sont de ce fait organisés différemment.

Les habitudes alimentaires évoluent : les livres de cuisine doivent s’adapter à de nouveaux modèles. Les livres de cuisine, ça pourrait être les normes.

Un modèle pour les données bibliographiques

Pour ce qui est des données des catalogues de bibliothèque, disons que depuis bien longtemps on se conformait à un modèle implicite — non formalisé —, qui semblait convenir. Ça marchait, du moins tant que les livres formaient le principal type de ressource disponible en bibliothèque.

Et puis tout à coup ça ne marchait plus. La part du livre imprimé s’est mise à décliner, de nouveaux types de ressource sont apparus, et on ne savait pas très bien à quelles catégories rattacher leurs caractéristiques dans les normes. On l’a fait cependant, parce qu’il fallait le faire, mais de manière empirique, comme si, les mangeurs français s’étant entichés de primi piatti à l’italienne, on en avait décrit les recettes au chapitre des accompagnements des plats principaux, faute de mieux. Par ailleurs les catalogues s’étaient informatisés, des systèmes de catalogage partagé s’étaient développés, parfois dans des proportions considérables.

Les FRBR (Functional requirements for bibliographic records = Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques), c’est le modèle qui manquait. Il a été élaboré au cours des années 1990, au moment où les outils normatifs et les principes de catalogage qui sont à leur base commençaient à craquer.

Il s’agissait de tout remettre à plat, pour comprendre exactement où se produisaient les craquements, et ce qui les causait.

C’est à dire qu’il fallait d’abord établir précisément à quoi et à qui sert l’information bibliographique, puis mettre cet inventaire en correspondance avec les différentes pièces de ladite information. Le modèle qui en résulte, élaboré selon une approche entité-relation, définit donc 10 entités réparties en 3 groupes (1 : la notice bibliographique ; 2 : les agents ; 3 : les sujets), leurs attributs respectifs, et les relations susceptibles de les lier entre elles. En voici une illustration :

Diagramme FRBR pour La lunga strada di sabbia / Pier Paolo Pasolini

Le modèle dit aussi, parmi les différents éléments qu’il définit, lesquels sont indispensables, utiles, accessoires, superflus etc., en fonction des différents besoins et situations.

À travers la définition des entités du groupe 1 (œuvre, expression, manifestation, item) les FRBR mettaient en évidence ce qui peut apparaître comme une importante erreur d’analyse dans les anciens principes de catalogage. Une erreur qui, pour être corrigée, bouleverserait la structure des catalogues. Voilà qui explique probablement que seul le besoin de faire entrer les données des catalogues de bibliothèque dans le web sémantique, rendant indispensable une modélisation précise et efficace, ait assuré au modèle FRBR une fortune dépassant largement le succès d’estime qui l’avait accueilli en 1998.

Un modèle pour les données d’autorité

Une analyse comparable, pratiquée sur les données d’autorité, a produit le modèle FRAD (Functional requirements for authority data = Fonctionnalités requises des données d’autorité), publié en décembre 2008. Pas d’erreur d’analyse ici, juste quelques précisions manquantes.

FRBR et FRAD charpentent le code de catalogage RDA (Ressources : description & accès), publié en 2010.

« Primi piatti », Osteria Santo Spirito, Florence (Toscane)