Le RDA in French

Depuis le 14 mai.

Le RDA Toolkit en français

Le RDA Toolkit (qui n’a pas changé de titre pour autant) est disponible dans sa traduction française, ou dans l’allemande pour ceux qui préfèrent. La version française est le fruit d’une collaboration transatlantique entre l’ASTED (Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation), BAC (Bibliothèque et Archives Canada), BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) et la BnF (Bibliothèque nationale de France).

Le site prend automatiquement la version linguistique paramétrée dans les « préférences » du navigateur (ce que je ne trouve pas très pratique). On est presque surpris de lire élément fondamental au lieu de core element :

RDA : Œuvre manifestée

et on entend l’accent québécois lorsque record est traduit par enregistrer :

« Si aucun des termes listés dans le tableau 3.1 ne s’applique au support matériel de la ressource, enregistrer autre. »

On découvre des mots nouveaux (non ?) :

« § 3.20.1.3 Enregistrement de l’équipement ou du système requis

Enregistrer tout équipement ou système requis au-delà de ce qui est normal ou évident pour ce type de support matériel ou ce type de fichier (par exemple, la marque et le modèle de l’équipement ou du matériel, le nom du système d’exploitation, la capacité de mémoire, le langage de programmation, les autres logiciels nécessaires, ou tout plugiciel ou périphérique requis pour faire fonctionner, visionner ou faire défiler la ressource). »

des personnes remarquables (§ 9.2.2.3 Choix du nom privilégié) :

RDA (fr) Soeur Albina Fauteux

et des activités intéressantes si on envisage de changer de métier (§ 9.15.1.3 Enregistrement des domaines d’activité de la personne) :

RDA (fr) Confection de courtepointes

D’après la préface, l’édition française inclut les modifications de 2011, mais pas celles adoptées par le JSC (Joint Steering Committee for Development of RDA) en octobre 2012 :

Cette première parution en français inclut les modifications adoptées en 2011 par le JSC dans le cadre du processus formel de révision de RDA et intégrées dans la version anglaise du RDA Toolkit en avril 2012 ainsi que toutes les modifications mineures incorporées jusqu’en octobre 2012. Les mises à jour de RDA postérieures à cette date seront prises en compte dans les futures éditions de la version française.

…………

En accès libre :

Extrait de : Bon cop, bad cop / Éric Canuel, réalisation ; Leila Basen, Alex Epstein, Patrick Huard, Kevin Tierney, scénario ; Patrick Huard, Colm Feore, Lucie Laurier, Patrice Bélanger… acteurs. Production : Park Ex Pictures, Sortie 22. Canada, 2006.

Sudoc et FRBR : parution de la première série de consignes de catalogage

sudocfrbr

Le Guide méthodologique du Sudoc s’enrichit aujourd’hui même d’une nouvelle page intitulée Sudoc / FRBR : consignes de catalogage, dont l’introduction précise le contexte et l’objectif :

Les travaux de modélisation des données bibliographiques (FRBR : Fonctionnalités requises des notices bibliographiques) et d’autorité (FRAD : Fonctionnalités requises des données d’autorité, FRSAD : Fonctionnalités requises des données d’autorité matière) menés au cours des deux dernières décennies ont depuis quelques années trouvé des applications concrètes dans certains codes de catalogage, et en particulier dans RDA (Ressources : description et accès) qui devrait entrer en vigueur en France à terme. D’ici là, le groupe « RDA en France », réuni dans le cadre de l’AFNOR, s’efforce :

  • de proposer des aménagements au code RDA sur les points qui apparaissent exagérément conservateurs, ou sur des règles trop ancrées dans un contexte anglosaxon ;
  • de réviser les règles de catalogage françaises en vigueur, toutes obsolètes, en s’inspirant des modèles FRBR et FRAD et en les rapprochant autant que possible de RDA, qui est la cible vers laquelle elles tendent.

Les consignes qui suivent concernent le catalogage courant dans le Sudoc. Elles précisent le billet Préparer la FRBRisation des données publié le 20 avril 2012 sur le site rda@abes.

Pour des raisons techniques, les consignes sont découpées en trois « vagues » successives, dont voici la première.

Les vagues suivantes introduiront :

  • le mécanisme d’appariement des titres d’œuvres contenues et des accès auteurs et contributeurs correspondants
  • les consignes pour les titres normalisés des œuvres.

What’s wrong with BIBFRAME

Je ne sais pas si j’ai compris de travers, mais il me semble que quelque chose ne va pas avec BIBFRAME. Quelque chose qui est contenu dans une phrase :

Each BIBFRAME Instance is an instance of one and only one BIBFRAME Work.
Library of Congress, Bibliographic Framework as a Web of Data : Linked Data Model and Supporting Services, 21 novembre 2012, p. 10.

« Chaque Instance BIBFRAME est une instance d’une Œuvre BIBFRAME et d’une seule. »

Instance BIBFRAME et Œuvre BIBFRAME sont des éléments du Modèle BIBFRAME, toujours en cours de développement à la Bibliothèque du Congrès — encore que « développement » soit désormais un terme un peu trop fort, puisque le socle du modèle est bien posé. Le document cité plus haut en dévoilait la conception et l’économie générale. Un site Web déjà assez étoffé (bibframe.org), mis en ligne il y a quelques jours, permet de suivre l’avancée des travaux, dont une partie est menée sur des données des bibliothèques partenaires (Library of Congress, British Library, Deutsche Nationalbibliothek et autres).

Le modèle BIBFRAME

On trouve sur cette page de bibframe.org le schéma général du modèle et ses éléments de plus haut niveau, que voici :

Le modèle BIBFRAME

Les différents éléments du modèle sont définis ainsi (même page) :

  • Œuvre de création (Creative Work) – une ressource qui reflète une essence conceptuelle de la ressource à cataloguer.
  • Instance (Instance) – une ressource qui reflète une réalisation (embodiment) matérielle et individuelle de l’Œuvre.
  • Autorité (Authority) – une ressource qui reflète des concepts d’autorité fondamentaux qui ont eux-mêmes défini des relations reflétées dans l’Œuvre et l’Instance. Par exemple des personnes (People), des lieux (Places), des sujets (Topics), des collectivités (Organizations), etc. Le domaine est un concept important dans les autorités. Il s’agit de l’entité responsable de la validation, de l’organisation et de la maintenance (préservation de l’intégrité) des ressources d’autorité.
  • Annotation (Annotation) une ressource qui complète (decorates) une autre ressource BIBFRAME par des informations supplémentaires telles que des données d’exemplaire (Library Holdings), des couvertures (Cover Art) et des recensions (Reviews)

Inutile d’y chercher les entités FRBR : elles n’y sont pas. Tout au plus peut-on déduire du schéma que l’Instance BIBFRAME est l’équivalent de la Manifestation FRBR, ou plutôt de la bonne vieille notice bibliographique. L’incipit de la page le dit d’ailleurs d’une manière qui en dit long sur la portée du projet :

In translating the MARC 21 format to a Linked Data model it is important to deconstruct and then reconstruct the informational assets that comprise MARC.

BIBFRAME est donc clairement une tentative d’expression, dans un formalisme conciliable avec le Linked Data, du format MARC 21 (conçu, rappelons-le, au milieu des années 1960 pour rendre « machine-readable » des fiches de catalogue). MARC 21 habillait la fiche traditionnelle d’étiquettes de champs et de codes de sous-champs ; BIBFRAME met tout ça en triplets. Avec il est vrai la grande découverte de l’intérêt qu’il y a à lier les entités les unes aux autres (une notice bib à une notice d’autorité, une notice d’autorité à une autre notice d’autorité, etc.). Il aura fallu attendre 2012 pour ça…

La phrase qui tue

J’y reviens :

Each BIBFRAME Instance is an instance of one and only one BIBFRAME Work.
Library of Congress, Bibliographic Framework as a Web of Data : Linked Data Model and Supporting Services, 21 novembre 2012, p. 10.

À mon sens elle est tragique. Elle dit qu’à chaque Instance BIBFRAME (chaque Manifestation FRBR) correspond une Œuvre BIBFRAME et une seule. En d’autres termes, c’est le contenu d’une Manifestation (FRBR), pris globalement à ce que je comprends, qui définit l’Œuvre BIBFRAME. Ou encore : une Œuvre BIBFRAME se déduit de son instance, et non l’inverse. Ainsi : Constantinople fin de siècle / Pierre Loti. Précédé de Devant Stamboul / Henri de Régnier publiés ensemble (c’est un exemple tiré du Guide méthodologique du Sudoc) constituraient une seule Œuvre BIBFRAME, différente de Constantinople fin de siècle et de Devant Stamboul publiés séparément ou dans d’autres combinaisons. BIBFRAME permet probablement (reste à voir comment) de déclarer que ce type particulier d’Œuvre BIBFRAME est composite, mais la question n’est pas là.

Où est le problème ?

Il est que BIBFRAME, en l’exprimant explicitement et en le figeant, rend irrémédiable un travers qui n’apparaît qu’en filigrane dans RDA, et qui aurait pu être redressé : il considère que l’unité de base de description bibliographique est encore et toujours… le livre. Ou, plus généralement, le contenant, le produit éditorial. J’y vois pour ma part la négation de tout le travail de modélisation accompli dans les années 1990 et 2000, qui a le mérite d’avoir opéré un changement de point de vue sur l’objet même de la description bibliographique : du contenant (pré-FRBR) au contenu (FRBR). Un point de vue qui est le seul pertinent dès lors que les ressources se dématérialisent.

Back to the 60s, then…?

J’espère avoir mal compris, car ayant moi-même vécu les sixties, ma matière grise s’est raréfiée depuis le temps. D’autres font sans doute une lecture différente et plus rassurante.

The Ronettes. Be my baby / Phil Spector, Jeff Barry et Ellie Greenwich, paroles et musique ; the Ronettes, trio vocal. États-Unis, années 1960.

Ph. Le Pape

Avant je m’appelais Marc, maintenant c’est Bibframe

BIBFRAME, pour ceux qui n’ont pas suivi, est en cours de dédeloppement à la Bibliothèque du Congrès. Il devrait succéder au format MARC pour l’échange des métadonnées documentaires de cette vénérable institution.

Voir les billets :

La Bibliothèque du Congrès vient de lancer bibframe.org « un nouveau site d’information détaillé sur le vocabulaire du projet BIBFRAME en cours de développement. On y trouvera également des démonstrations du modèle BIBFRAME réalisées à partir de notices MARC des institutions participant à l’expérimentation. [...] Le site fournit en outre des services qui permettent à tout bibliothécaire curieux de voir à quoi pourront ressembler des ressources bibliographiques conformes au modèle BIBFRAME, de visionner des enregistrements MARC/XML provenant de la base principale de la Bibliothèque du Congrès, ainsi que des ressources BIBFRAME résultant des transformations les plus courantes. »
Extrait de l’annonce publiée par Kevin Ford (Library of Congress) dans la liste de discussion BIBFRAME le 27 janvier 2013.

(Prendre des vitamines avant consultation du site.)

Jack Ary. Les tomates (Mange des tomates) / Pierre Cour, paroles ; Barcellini, musique ; Jack Ary et son High Society Orchestra, ensemble instrumental et vocal.

S’informer et réagir :

Bibliothèque du Congrès, Washington DC (États-Unis), vers 1902. Source : Wikimedia Commons.

Mais qu’est-ce qu’il se passe ? (4) RDA etc. en France

En quoi le Sudoc se transformera, nous ne le savons pas encore.

Du reste nous ne le saurons probablement jamais, puisque l’engloutissement général est à l’ordre du jour de demain, 21 décembre 2012.  À toutes fins utiles sachez que des plans avaient cependant été conçus pour l’après, car même placé devant l’évidence, l’esprit humain renâcle à envisager concrètement son anéantissement. Voici :

Politique bibliographique nationale

Le Comité stratégique bibliographique, qui réunit l’ABES, la BnF et leurs tutelles ministérielles respectives, a rendu public son rapport d’orientation le 13 décembre dernier.

Le Rapport d’orientation pour le Comité stratégique bibliographique, préparé par l’ABES et la BnF, dresse un état des expérimentations et des réflexions en cours au sein des deux établissements pour préparer l’avenir des catalogues.

La BnF et l’ABES s’engagent dans une démarche commune de redéfinition des modalités de structuration, de production et de diffusion des métadonnées de bibliothèque à l’échelon national, afin notamment de favoriser l’insertion des catalogues des bibliothèques françaises dans le Web sémantique.

Formation

On trouve désormais, sur la page Se former du site RDA en France, le Répertoire des formateurs aux pré-requis à l’évolution des catalogues et des règles de catalogage : noms et coordonnées, publics concernés, disponibilité, mobilité géographique.

Joyeux Noël !

Même si ce vœu ne se réalise pas, proférons-le comme le veut la coutume. Et à une prochaine fois peut-être, dans la stratosphère !

Barbara. Joyeux Noël / Barbara, paroles, musique, chant, piano. Extrait de l’émission Discorama du 29 décembre 1968.

Mais qu’est-ce qu’il se passe ? (3) Sudoc

(Bon ben alors qu’est-ce qu’i’ fabriquent à l’Abes, i’ nous bassinent avec leur FRBRisation, là, et i’ s’ passe rien, quels pignoufs ceux-là alors.)

La base de production

Elle ne sera pas réellement FRBRisée comme il en avait été question (elle ne sera pas redéfinie, avec des notices pour chacune des entités FRBR du groupe 1, notamment œuvre et expression, s’ajoutant à manifestation et item qui existent déjà). Il faudra se contenter d’une FRBRisation « à plat », avec dans les notices bibliographiques une zone d’identification des œuvres (l’actuelle zone 500 Titre uniforme, insatisfaisante mais qui permet un contrôle par autorité), en attendant peut-être les nouvelles zones Unimarc spécifiques (507 et 577, qui permettent aussi d’identifier clairement les expressions).

De nouvelles consignes de catalogage

Elles sont en cours de définition. Une première vague sera publiée très prochainement, probablement dès janvier. Il s’agit essentiellement d’une formalisation des indications fournies dans le billet Préparer la FRBRisation des données du 20 avril 2012. En voici les têtes de chapitre :

1. Traductions
2. Note de contenu et accès aux titres des œuvres contenues
3. Accès au titre parallèle (Unimarc 510)
4. Accès au titre de couverture (Unimarc 512)
5. Les accès auteurs (Unimarc 7xx)
6. Identifiants normalisés et autres identifiants
7. Dates

Deux autres vagues devraient suivre, introduisant successivement :

  • le mécanisme d’appariement des titres d’œuvres contenues avec les accès auteurs et contributeurs correspondants
  • les consignes pour les titres normalisés des œuvres.

Le rétrospectif et l’expression des données du Sudoc en RDF

Parallèlement est en cours un travail de mise au point de traitements automatiques à appliquer aux données du Sudoc.

Ces traitements permettront d’une part de mettre à niveau la base de production elle-même (principalement : identification des œuvres et création des autorités associées, génération de la zone 0 de l’ISBD 2011), d’autre part de raffiner l’actuel mécanisme de restitution en RDF des données bibliographiques du Sudoc.

Et après ? Le Sudoc déménage

Dans un nuage : cumulonimbus, altostratus, cirrostratus, traînée de condensation, on ne sait pas encore, le choix n’est pas fait.

Mais de fait, quoique cet avenir proche peine encore à émerger de la brume de décembre, il faut envisager que dès 2014 probablement, ou peut-être 2015 s’il se produit comme on dit un « glissement de calendrier », certaines des bibliothèques qui créent actuellement leurs données dans la base CBS au moyen de WinIBW pourraient le faire dans ce nuage (dans ce cloud plutôt, prononcé clawd et non cloude, à éviter en société).

Ledit cloud sera sous influence anglosaxonne, on y appliquera donc probablement RDA. Pour les ressources sur support physique, le catalogage devrait se faire en MARC, et le niveau de FRBRisation restera vraisemblablement aussi bas que dans la base CBS (« à plat »), c’est à dire sans amélioration notable par rapport à l’existant.

À suivre, dès dissipation des brouillards hivernaux. Ce sera la grande affaire de 2013.

2013 Testa coronata, 12e siècle. Florence (Italie), Palazzo Vecchio, Collezione Loeser. (Projet de carte de vœux non retenu officiellement.)

———

Se renseigner sur le projet de SGB mutualisé :

l’un et l’autre alimentés par Jean Bernon, responsable du projet SGBM à l’Abes.

Du nouveau sur BIBFRAME

Ce billet fait suite à : Mais qu’est-ce qu’il se passe ? (2) Bibliothèque du Congrès

Bibliothèque du Congrès, Washington DC (États-Unis), vers 1902. Source : Wikimedia Commons
Bibliothèque du Congrès, Washington DC (États-Unis), vers 1902. Source : Wikimedia Commons.

Dans une annonce publiée le 23 novembre dernier sur les pages de son site consacrées à la « Bibliographic Framework Transition Initiative », la Bibliothèque du Congrès indique que le processus de définition du format de métadonnées destiné à succéder à MARC21, annoncé en 2011, vient de franchir deux étapes importantes :

  • la remise par Zepheira — le consultant spécialisé engagé tout exprès –, d’un document de 42 pages intitulé Bibliographic Framework as a Web of Data: Linked Data Model and Supporting Services, daté du 21 novembre 2012, qui n’est rien d’autre que le premier état du projet de nouveau format, aussitôt mis en ligne (http://www.loc.gov/marc/transition/pdf/marcld-report-11-21-2012.pdf)
  • une première réunion du « très petit groupe de testeurs pionniers » (cf. le billet cité supra) au sein duquel le modèle va désormais subir ses premiers essais.

Le document produit par Zepheira n’offre encore qu’une vue générale, non détaillée (« high level view ») du modèle, précise la LC, qui ajoute qu’elle espère des retours non seulement du « très petit groupe de testeurs pionniers » (la LC, plus : British Library, Deutsche Nationalbibliothek, Université George Washington, National Library of Medicine, OCLC, Université de Princeton) mais de l’ensemble des professionnels intéressés par la question.

Précaution oratoire de la LC : le nouveau format (nommé « BIBFRAME ») se veut indépendant des normes de contenu. En clair : il n’est pas fait seulement pour RDA, et revendique une utilisation possible au-delà des seuls besoins des bibliothèques.

S’informer et réagir :

T’as perdu ta langue ?

língua língua merda # 01 par Fernando Neves sur Flickr
língua | língua | merda #01 par Fernando Neves sur Flickr.

En application du RDA (Ressources : description et accès), qui lui-même en l’espèce se conforme au modèle FRBR, une œuvre est privée de sa langue.

Une œuvre n’a pas de langue

Dans le modèle FRBR, une œuvre — même textuelle — n’a pas de langue. Pas même de langue(s) originale(s). L’attribut de langue se trouve exclusivement au niveau de l’expression :

4.3.4 Langue de l’expression
On entend par « langue de l’expression » la langue dans laquelle l’œuvre est exprimée. Elle peut regrouper plusieurs langues, chacune d’entre elles étant la langue d’un élément individuel de l’expression.

On voit par là que des trois entités abstraites du groupe 1 (Œuvre, Expression, Manifestation), l’œuvre est la plus abstraite de toutes. C’est à dire que dans une masse de métadonnées structurées (par exemple, un catalogue de bibliothèque), une œuvre doit être envisagée comme un dossier permettant de rassembler, pour un meilleur confort d’utilisation, l’ensemble des métadonnéees se rapportant à une seule et même « création intellectuelle ou artistique déterminée » (FRBR, § 3.2.1). Dossier renfermant un ou plusieurs sous-dossier(s) (les expressions de l’œuvre considérée), et ainsi de suite jusqu’à l’item, dernier échelon de ce principe de classement. La langue se trouve au 2e échelon, elle est un élément discriminant des expressions.

Il n’y a pas de langue originale

Dans ces conditions, qu’est-ce qu’une langue originale dans le modèle ? C’est une notion qui gêne, un peu dans les FRBR, davantage dans RDA, qui souvent se prend les pieds dans le tapis lorsqu’il en traite.

Dans les FRBR :

Les traductions d’une langue dans une autre, les transcriptions et arrangements musicaux, les versions doublées ou sous-titrées d’un film sont également réputés n’être que des expressions différentes de la même œuvre originale. (3.2.1 L’entité Œuvre)

Seulement se contenter de (par exemple) :

œuvre [œ1] Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989)
expression [e1] Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989). Français (Pressac)

c’est faire l’impasse sur une information importante : [e1] n’est pas une expression « directe » de [œ1]. On ne peut pas la mettre sur le même plan que :

expression [e2] Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989). Italien

réalisée par le créateur même de [œ1]. Il faudrait pouvoir mentionner que [e1] est une transformation (en l’occurrence : une traduction) d’une expression « directe » de [œ1].

La relation de traduction dans les FRBR et dans RDA

Une telle relation entre expressions est définie dans le modèle FRBR, au § 3.2.2 L’entité Expression :

L’existence d’une entité expression permet également d’établir des relations entre les expressions spécifiques d’une œuvre. Il est ainsi possible, par exemple, de se servir de l’entité expression pour identifier l’état du texte sur lequel a été établie une traduction, ou la partition spécifique suivie par les interprètes d’une composition musicale.
FRBR.

Et dans le chapitre 5 qui traite des relations, où l’on trouve un « Tableau 5.3 Relations entre une expression et une expression » :

Entre des expressions de la même œuvre

Traduction
a une traduction à
ß est une traduction de

[...]

Les relations entre des expressions de la même œuvre (Tableau 5.3) se rencontrent lorsqu’une expression a été tirée d’une autre. Dans ces types de relations, une expression est considérée comme une modification de l’autre. La modification peut être une traduction littérale, dont le but est de restituer le contenu intellectuel de l’expression antérieure aussi fidèlement que possible (à noter que dans le modèle les traductions libres sont traitées comme de nouvelles œuvres).

Mais nulle part dans le modèle n’est évoquée la notion de langue originale, qui, pour reprendre la logique des FRBR, serait celle de la première expression de l’œuvre (ou celles des premières expressions simultanées de l’œuvre dans le cas d’une œuvre créée par une collectivité multilingue par exemple). Une telle expression a pour autre caractéristique qu’elle est le fait du créateur (ou des créateurs) de l’œuvre qu’elle représente.

Résultat : il n’y a pas de moyen simple dans le modèle d’indiquer si une traduction a été effectuée depuis une expression qui est elle-même une traduction.

Fait aggravant : pour des raisons de commodité le modèle FRBR consent à ce qu’une traduction soit reliée directement à l’œuvre dont elle est une expression :

Cela [le fait de définir la notion d’œuvre comme l’une des entités du modèle] permet également d’établir des liens indirects entre plusieurs expressions de la même œuvre lorsqu’il est impossible d’établir des liens directs entre ces expressions elles-mêmes. Par exemple, il peut y avoir plusieurs traductions d’une même œuvre (par exemple, Anne of Green Gables) sans qu’il soit toujours possible ou nécessaire de préciser quel est le texte dont tel traducteur est parti pour élaborer sa propre traduction. Dans ce cas on n’établira pas de lien direct entre les expressions particulières de l’œuvre (c’est-à-dire, entre la traduction et le ou les textes sur lesquels elle s’est appuyée), mais le fait de relier individuellement chacun des états du texte et chacune des traductions avec l’entité dénommée œuvre permet de relier implicitement entre eux tous ces différents états et toutes ces traductions.
(FRBR. § 3.2.1 L’entité Œuvre)

RDA profite tout naturellement de cette facilité. Bien que les relations translation of / translated as soient définies dans l’annexe J3 (Relationship Designators for Related Expressions), les exemples fournis dans le corps même du code en font peu de cas (si ce n’est sous la forme de la traditionnelle note sur le titre original), et les règles de construction des points d’accès identifiant les expressions encore moins :

Goncourt, Edmond de, 1822–1896. Frères Zemganno. English

Resource described: The Zemganno brothers / by Edmond de Goncourt. An English translation of a French novel

(RDA § 6.27.3 Authorized Access Point Representing an Expression)

Qu’est-ce qui manque ?

  • Le contenu linguistique d’une expression devrait pouvoir être étiqueté comme étant soit « original » (i.e. le fait du ou des créateur(s) de l’œuvre), soit « traduit ».
  • Lorsqu’une expression est une traduction d’une autre expression, il faudrait fournir des éléments permettant d’identifier cette dernière.

Par exemple :

œuvre Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989)
expression Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989). Italien [original]
expression Il consiglio d’Egitto | Sciascia, Leonardo (1921-1989). Français [traduit de l'original italien] (Pressac)

œuvre ’n Seisoen in die paradys | Breytenbach, Breyten, 1939-
expression ’n Seisoen in die paradys | Breytenbach, Breyten, 1939- . Afrikaans [original]
expression ’n Seisoen in die paradys | Breytenbach, Breyten, 1939- . Français [traduit d'une traduction anglaise] (Guiloineau)

Il y a sûrement des façons plus lisibles et plus précises de présenter ces informations, d’autant qu’elles le sont ici sous forme de points d’accès (il manque les liens entre expressions et de quoi identifier de ces dernières). Il suffit qu’elles soient effectivement présentes, sous une forme ou une autre, dans les métadonnées.

Le groupement européen EURIG a introduit une demande d’évolution du code RDA sur ce point à partir du travail effectué par le groupe RDA en France : 6JSC/EURIG/3 Language of expression – Revision of RDA 6.11, 6.11.1.3, 6.11.1.4, 7.12.1.3, 26.1.1.3 [.pdf].

Extrait de : The mark of Zorro / Fred Niblo et Theodore Reed, réalisation ; Douglas Fairbanks (Don Diego de la Vega / Zorro), Noah Beery (le sergent Pedro), Charles Hill Mailes (Don Carlos Pulido), Claire McDowell (Doña Catalina), Marguerite De La Motte (Lolita)… [et al.], acteurs. 1920.

Un mot pour un autre. 2. Format de données / Code de catalogage

C’est étonnant comme cette confusion a la vie dure. Jusque dans les documents les plus érudits, les plus récents (et même, horresco referens,… enfin bref).

Donc.

Peut-on dire (par exemple) : « passer d’UNIMARC à RDA ? »

Non. Enfin on peut, mais ça n’a pas grand sens. Pas plus qu’autrefois « passer de l’ISBD à UNIMARC ».

RDA (code de catalogage), c’est une norme de contenu (comme par exemple nos normes françaises AFNOR Z44-050 et autres). Ça dit de quels éléments se compose l’information bibliographique, ça définit précisément les éléments en question, et les relations possibles entre eux. Ça donne aussi des règles, toujours par rapport au contenu (par exemple : comment faire un point d’accès identifiant une œuvre).

RDA se veut indépendant de tout format d’encodage des données, et même de tout format d’affichage. C’est dit expressément :

In order to optimize flexibility in the storage and display of the data produced using RDA, a clear line of separation has been established between the guidelines and instructions on recording data and those on the presentation of data.

RDA § 0.1

De manière à favoriser une souplesse de stockage et d’affichage des données produites en appliquant RDA, une ligne de séparation claire a été tracée entre les recommandations et les directives relatives à l’enregistrement des données et celles concernant leur présentation.

C’est à dire que des ensembles de données appliquant la norme RDA peuvent, pour leur stockage, leur diffusion, leur affichage ou tout autre besoin, être simplement saisies dans un traitement de texte (voire tapées à la machine à écrire, ou tracées à la plume de pintade), encodées simplement en HTML, ou dans un format structuré.

Par exemple (entre maintes possibilités) dans un format MARC.

Par exemple en UNIMARC (un format qui, plus encore que le MARC21, a fait des efforts de compatibilité avec RDA, selon tous les scénarios d’implémentation des FRBR, ce qui n’est pas le cas de MARC21).

On peut donc utiliser à la fois UNIMARC et RDA, ou UNIMARC et les REICAT (Regole Italiane di Catalogazione, code italien de catalogage appliquant les FRBR), ou UNIMARC et les AACR2, ou UNIMARC et les normes françaises actuelles, ou ne respecter aucune norme de contenu, mais le faire en UNIMARC, etc.

Une bonne maîtrise de l’UNIMARC (ce format-là précisément) est d’ailleurs, comme nous le verrons dans un prochain billet, une excellente préparation à la compréhension de l’ultra-structuration des données nécessaire à l’avènement du web sémantique.

Au fond, il faudrait réapprendre l’UNIMARC maintenant, avec sérieux.

Sozialistische Toiletten, Socialist toilets. Grenz Bahnhof - Border Crossing, Bahnhof Oebisfelde DDR, Apr 1990 Passer à RDA (en UNIMARC si on veut).
Sozialistische Toiletten, Socialist toilets. Grenz Bahnhof – Border Crossing, Bahnhof Oebisfelde DDR, Apr 1990, par sludgegulper sur Flickr.

Mais qu’est-ce qu’il se passe ? (2) Bibliothèque du Congrès

Là-bas ils sont engagés dans la définition de leur futur format de données. Ce processus, ils l’ont appelé Bibliographic Framework Transition Initiative, BFI parfois, Bibframe pour les intimes.

Il en avait été question ici même en son temps, c’est à dire au moment du lancement du processus il y a un an.

Les choses ont avancé depuis.

La LC a recruté un consultant spécialisé (Zepheira) pour accélérer la définition du futur format de données, avec deux maîtres mots : le web de données comme contexte et RDF (Resource Description Framework) comme modèle de base.

Ce consultant est chargé de « produire un (ou des) modèle(s) qui serviront de base de discussion, et de fournir une analyse d’initiatives analogues. La Bibliothèque prévoit un processus itératif se nourrissant des retours de l’ensemble des professionnels, permettant d’affiner les spécifications. L’objectif est de parvenir à un format bibliographique souple, un code de référence robuste, une infrastructure fiable de déploiement, et un plan opérationnel de migration de MARC vers le nouveau format » (« a flexible bibliographic framework, a robust reference code, a supporting infrastructure for deployment, and an effective migration plan from MARC to a new framework. »). Voilà ce qu’on lit sur la page du site de la LC donnant accès à la transmission vidéo de la conférence d’Eric Miller, de Zepheira (16 juillet 2012) : Library of Congress New Bibliographic Framework Initiative: Update Forum with Eric Miller (en anglais).

Voici le diaporama correspondant (accessible sur Slideshare) :

Voir notamment la diapo 21, qui présente le schéma du « modèle de haut niveau » destiné à servir d’appui à l’ensemble du processus. Ça ressemble un peu aux FRBR… mais ça surprend.

On consultera par ailleurs la présentation [.pptx] de Sally McCallum (LC) au congrès annuel de l’IGeLU (Groupe international des utilisateurs d’Ex Libris) : Bibliographic Framework Initiative Approach for MARC Data as Linked Data (Zürich, 13 septembre 2012), qui précise les étapes du processus en cours (en particulier : une première expérimentation du modèle « de haut niveau » fourni par Zepheira doit être conduite par un « très petit groupe de testeurs pionniers » en octobre et novembre, c’est à dire en ce moment même).

S’informer :

Testing Large Turbines, Westinghouse Co. Works. États-Unis : American Mutoscope and Biograph Company, 1904.
Filmé le 5 mai 1904, probablement à la Westinghouse Machine Company, East Pittsburgh, Pennsylvanie. Mis en ligne par la Bibliothèque du Congrès (États-Unis).

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